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 Qui paie la facture ?

 

L'intégralité de cette étude est publiée ici :

http://membres.lycos.fr/incinerateur/onereux.htm

Extraits :

Le leurre de la « Délégation de service public ».
: Les projets récents d’incinérateurs font presque tous l’objet d’une délégation de service public par bail emphytéotique administratif. Dans cette forme juridique de contrat, la collectivité locale, propriétaire des terrains, loue ceux-ci à un délégataire de service public pour une somme symbolique (canon emphytéotique), à charge pour le délégataire d’établir à ses frais les ouvrages et de les exploiter moyennant des redevances de charges de financement, d’exploitation et de renouvellement.

La collectivité n’assumant pas le financement n’a pas à inscrire celui-ci dans ses charges d’endettement
. Il s’ensuit que la collectivité qui passe le marché est généralement peu regardante sur le prix des ouvrages puisque celui-ci n’est pas inscrit dans sa dette. Pourtant le délégataire fait payer (avec bénéfice) aux usagers ce financement, via la redevance du traitement des O.M.. C’est donc sur le citoyen que retombe indirectement la charge financière que la collectivité ne veut plus assumer.

En cas de cessation d’exploitation, pour n’importe quelle raison, la collectivité sera tenue contractuellement de rembourser le délégataire pour la valeur non encore amortie des ouvrages, y compris ceux qui auront fait l’objet d’un renouvellement (dont le coût est pourtant largement provisionné dans les charges d’exploitation). On peut légitimement se poser la troublante question : Pourquoi les grands prestataires de services publics aux collectivités sont capables aujourd’hui d’assumer le financement d’ouvrages aussi dispendieux alors que les collectivités locales, clientes depuis toujours de ces sociétés, n’ont plus aujourd’hui la capacité financière de le faire ! Interrogeons-nous sur l’origine de la santé financière de ces prestataires de services publics ? Auraient-ils exagéré sur leurs prix pour en arriver à financer eux-mêmes leurs clients ? On peut également noter que les collectivités locales, recherchant ce financement qui les dispense d’investir elles-mêmes, font le jeu des seules sociétés qui présentent la santé financière suffisante, écartant ainsi les autres compétiteurs.

Quand il ne reste en France que deux « Grands » capables de prendre ces marchés on peut s’attendre à une concurrence de bon voisinage ! Les prix des ouvrages en question sont quasiment incontrôlables compte tenu de la situation de monopole de ces grands prestataires de services. Pourtant les spécialistes considèrent que les prix des matériels sont manifestement exagérés. On peut dire que le bénéfice est largement payé par avance dans le prix des équipements.
Le prix du traitement, quant à lui, est très flou dans ces types de contrats. Des clauses, bénéficiant exclusivement aux prestataires de services, permettront de faire à peu près n’importe quel prix à terme ! En particulier la mise en conformité des ouvrages peut conduire à des coûts parfaitement inacceptables ! Au surplus, la « Délégation de Service public » est une forme juridique inadaptée aux marchés d’incinérateurs. En effet, il n’y a pas de lien contractuel direct entre le « citoyen usager » et le délégataire et le prix du traitement n’est pas proportionnel au service rendu ! Au surplus, le service du traitement des ordures ménagères, fait généralement l’objet d’une taxe en annexe à la taxe foncière ! Donc les usagers qui ne sont pas propriétaires ou qui ne paient pas la taxe foncière en sont exonérés !

Cette mobilisation financière en faveur des incinérateurs, dont le dimensionnement est tel qu’ils peuvent brûler la totalité des tonnages d’O.M. produits sur leur secteur, sera un obstacle majeur au développement de la collecte sélective et du recyclage, pourtant prévus dans la Loi du 13 Juillet 1992. D’ailleurs, ne trouve-t-on pas, dans certain contrat de bail emphytéotique, l’obligation pour la collectivité contractante d’apporter la totalité de ses O.M. et déchets banals assimilés à l’incinérateur, sous peine de subir les conséquences financières d’une éventuelle mise en place d’une politique de collecte sélective sur le secteur concerné !

Autrement dit et pour conclure, un incinérateur est comparable à l’œuf déposé par le coucou dans le nid du traitement écologique des déchets des collectivités. Une fois installé dans ce nid, l’oiseau vorace né le premier, éliminera les autres œufs pour rester le seul nourrisson insatiable que la collectivité sera contrainte de nourrir exclusivement, faute de moyens pour prévoir d’autres modes de traitements moins onéreux et plus écologiques.
Nous pouvons affirmer que l’incinération globale de nos déchets ne répond pas aux exigences de la Loi du 13 Juillet 1992 et ne représente que très peu d’emplois par rapport aux financements mobilisés. L’Allemagne, qui a su renoncer au « tout incinération », a créé un million deux cent mille emplois grâce au traitement écologique de ses déchets. La France, si elle réalise les 162 incinérateurs géants prévus, mobilisera plus de 100 Milliards de francs à terme pour ne créer que 3000 emplois !
À noter que le traitement écologique des déchets requiert environ 10 fois moins d’investissements pour traiter les mêmes tonnages de déchets en créant beaucoup plus d’emplois et sans générer les nuisances spécifiques à l’incinération. Les contrats relatifs à ces fausses délégations de services publics, sont assortis de clauses léonines et d’avenants multiples qui finalement exonèrent le prestataire de service de toutes les responsabilités financières et d’exploitation. Pourtant, le contrôle de légalité desdits contrats est toujours favorable au niveau des préfectures.

3°) Les ajustements pharaoniques des investissements : Sur le « Synoptique de l’évolution des incinérateurs » annexé ci-après, on voit que la complexité de cette technique, au fur et à mesure de l’évolution de la législation, croît exponentiellement au fur et à mesure que des nuisances nouvelles sont détectées. Le prix de l’incinération ne peut donc aller qu’en augmentant à l’infini... À noter que, la réduction du volume et de la masse des déchets, n’a, quant à elle, pas évolué d’un iota depuis l’origine de cette technique. Bien au contraire, les « REFIOM » augmentent le quota de rejets solides.
Les rejets liquides, inexistants précédemment, commencent à poser de sérieux problèmes aux exploitants. Notons que, sauf cas improbable dont nous aimerions bien avoir connaissance, aucun incinérateur n’a finalement été payé pour le prix initial traité au contrat ! Ainsi, l’incinérateur de Sète, entre sa commande et sa mise en production industrielle a vu son prix multiplié par 4 ! On voit ainsi le ridicule résultant de l’entêtement des politiques et des industriels concernés pour maintenir, coûte que coûte, ce type de traitement. Aucun chef d’entreprise privée n’accepterait de devoir consacrer 80 % de ses investissements pour dépolluer un procédé de fabrication. Il rechercherait une autre solution. En matière de traitement des déchets, des solutions sûres et écologiques existent et qui, pour des investissements dix fois moindres, créent infiniment plus d’emplois.

 Devons nous penser que les politiques pro-incinérateurs seraient plus sensibles à l’augmentation des bénéfices du lobby de l’incinération qu’à la diminution du chômage ?

 M. SARAZIN, Vice Président de l’APPEL

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